Entrez dans l'aventure au féminin...

Aventurières, voyageuses, exploratrices, globe-trotteuses... Elles existent, vous les avez rencontrées - peut-être en êtes-vous une.

Mais savez-vous qu'elles ont toujours existé ? Longtemps avant Alexandra David-Néel, longtemps avant Isabelle Eberhardt ?

En 1850, déjà... et même avant. Ida Pfeiffer, Isabella Bird, Gertrude Bell, Jane Dieulafoy... et tant d'autres. Ce blog leur est consacré ; aidez-moi à l'enrichir avec les histoires vraies que vous connaissez, et des questions auxquelles je m'efforcerai de répondre.



mardi 3 avril 2018

"Vous voyagez seule ? Vous n'avez pas peur ?" Louise raconte


Louise HACQUES Jeune aventurière d'aujourd'hui
"L'aventure je voulais la vivre absolument, mais le vélo c'était le plus pur des hasards... 

"En cette année 2014, je souhaitais quitter Paris où j'avais vécu mes deux premières années professionnelles. Je m'étais toujours promis un grand voyage après mes études. Ma fin de contrat et mes quelques économies étaient l'occasion rêvée pour entreprendre mon rêve. J'ai décidé d'aller à la découverte de l'Amérique du Sud. "Partir seule? Tu n'as pas peur?" ai-je entendu murmurer. Sur un forum de voyage, j'ai rencontré Julien un jeune ingénieur du sud de la France qui m'a proposé le tour de l'Amérique Latine. A vélo ... Mon cœur battait la chamade. Parce que c'était vraiment de l'aventure qui se profilait, et que j'étais prête à relever le défi...    Lire la suite sur "Plus d'info"





"Le tour de l'Amérique Latine en un an, c'était ambitieux. Et de partir avec un inconnu aussi. 1 200 premiers kilomètres de plat et de ligne droite, ça forge un caractère. ou plutôt, ça le dévoile. De la poussière, du vent de face, un réchaud qui ne marche pas, un début de tendinite, toutes les épreuves vécues en pédalant m'apprenaient à aller de l'avant et tout en écoutant mon corps. Jusqu'au point de réaliser que je serai encore plus libre si je voyageais seule. Et que je n'avais pas besoin d'être accompagnée d'un homme pour me protéger et avec qui je me sentais de moins en moins libre. C'est ainsi qu'au pied des Andes, j'ai décidé de poursuivre mon périple à vélo seule jusqu'à Ushuaïa.

"Dans les zones désertiques de la pampa, j'ai connu des moments de solitude qui m'ont permis de réaliser à quel point j'avais besoin des autres êtres humains. La chance m'a permis de faire de belles rencontres, et de découvrir la route australe au Chili  et sa nature à couper le souffle. Mes écouteurs dans les oreilles, le vent soufflant sur mon visage, et les montagnes enneigées me faisaient me sentir vivante comme jamais. je me sentais unie à l'univers. Et cette joie que je découvrais dans les petits actes de la vie quotidienne me comblait: de prendre un petit-déjeuner au son des petits oiseaux et dans les premiers rayons du soleil matinaux, de dormir parce que mon corps était fatigué, de manger parce que j'avais faim, de prendre une douche parce que j'étais sale, de pédaler en savourant l'instant présent avec chacun de mes sens. J'ai appris à être avec moi-même, à apprivoiser cette solitude, à écouter mes ressentis. Les citations d'exploratrices donnaient un sens spirituel à mon périple. "C'est en soi qu'il faut chercher la flamme qui réchauffe, c'est sur soi-seule qu'il faut s'appuyer". Les mots d'Alexandra David-Néel prenaient vie en moi, alors que je me découvrais comme une personne forte et tenace par le même refrain répété tous les jours: simplement en pédalant. Il y a des fois où j'ai pleuré parce que c'était trop dur, mais je ne savais pas expliquer cette envie viscérale que j'avais de continuer coûte que coûte.

"Arrivée dans la ville d'Ushuaïa en Terre de Feu en avril 2015 après six mois de cheminement, j'ai eu le sentiment que si j'étais capable d'avoir traversé l'Argentine et le Chili seule à vélo, alors j'étais capable de beaucoup. Et que tous ces "c'est impossible" que j'ai entendu sur ma route, je les avais défié. J'ai tellement reçu quotidiennement par les rencontres, par la nature, que je me sentais responsable de rendre possible son rêve pour chacun d'entre nous. Cette énergie puissante, j'ai voulu la transmettre à distance dans mon blog. Il est vrai que j'avais aussi le sentiment qu'écrire harmonisait mes expériences quotidiennes en les ancrant en moi.

"J'ai décidé de boucler mon périple en revenant de Norvège en France à vélo, entre avril et juillet 2015. Pour plusieurs raisons: le trafic des voitures en Amérique du Sud me faisait peur et je savais que je trouverai des pistes cyclables en Europe. Je voulais m'immerger dans mon propre continent si riche culturellement. Je voulais enfin atteindre humblement et lentement ma région natale.

"Mon arrivée sur la place de ma ville La Roche sur Yon, accueillie par ma famille et mes amis avec un bouquet de fleurs, des affiches et du champagne était le deuxième coup de cymbales. Celle de savoir que je l'avais fait en entier ce périple de 7000km, sans flancher. Mon coeur était plein, mon corps était sain. 

"Mon dernier coup de cymbale est celui de témoigner. De témoigner que rien n'est plus simple de prendre un vélo pour laisser la nature et les rencontres nous purifier. Et que sans même le savoir, je suis en tant que femme enfermée dans des cases invisibles qui m'entravent. Trop de femmes croisées sur ma route m'ont fait des réflexions qui m'ont interpellée. Pas seulement en Amérique du Sud, en Europe aussi. "Vous voyagez seule?" "j'aimerais tellement mais je ne peux pas" "mon mari a décidé qu'on aille là" "comment vous faites quand vous avez vos règles? "Vous n'avez pas peur?". J'ai découvert que j'étais une femme. Qu'une femme est généralement vue d'abord comme une femme. 

"Mais qu'une femme peut voyager seule. Qu'une femme peut camper seule. Qu'une femme peut réparer mon vélo. Qu'une femme peut refuser.

"Avec deux années de recul, je réalise aujourd'hui que cette quête intérieure m'a révélé la beauté du monde extérieur. Le mouvement du pédalage s'est ancré en moi, pour aller de l'avant et construire ma vie sédentaire pas à pas. J'ai réalisé que la vie était plus simple que je ne croyais, et qu'il me suffisait de manger à ma faim, de dormir, d'avoir un doux chez-moi, de marcher ou de rouler régulièrement, de méditer et de lire, pour me donner les conditions optimales pour travailler sur ce qui est l'essentiel pour moi à l'heure actuelle: donner le meilleur de moi-même au quotidien et chérir les relations humaines. Je pourrais dire que ce voyage m'a purifiée en réorientant le sens de ma vie.

"J'espère vivement donner aux femmes qui se reconnaissent dans mon témoignage l'envie de pousser les murs et de vivre leur aventure."




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